La faille

 

Une image fixe me dévisage. Noir. La question m'a échappée. Début de discussion timide et difficile. Une autre image. Nouvelle question. Nouveau dialogue muet. Soudain des sonorités humaines surgissent, jaillissent de l'image et de mes poumons.

Je suis impliqué. Les images me parlent et je leur parle. Nous conversons mais aucun mot n'est prononcé. Des sons. Des cordes vocales poussées par l'air. Pour parler je sonde le rapport muet qui nous lie à l'écran de l'image fixe. Je cherche la faille. Je m'engouffre dans les brèches entrevues. En retour les images envahissent les sonorités humaines qui déjà ne m'appartiennent plus.

Abandon et retrouvailles. Les rendez-vous se multiplient. Les fruits sonores, rythmiques et visuels se superposent en couches dans notre mémoire désormais commune. Mémoire des images. Ma mémoire. Votre mémoire.

Mon travail prend ses sources dans la découverte de la puissance et de la richesse de l'association entre images fixes et une pratique de performance en atelier.

Là je projette mes images photographiques. Arbres, nuages, paysages. Un homme sur un toit, des arbres belliqueux, un babouin solitaire, une voie rapide dans une capitale. Sur les images, j'improvise des sonorités humaines. D'autres sons aussi. L'enregistrement sonore fait suite à l'enregistrement photographique. Enregistrement. Musique. Language.

Pris a mon propre défi de faire parler les images, je m'interroge sur les relations que je peux établir avec des images fixes. Sont-elles visuelles, mentales, corporelles ? Avec ma voix j'explore les différents registres. Je découvre des enjeux de position, de perception. Suis-je dans l'image ? Ce son vient-il de moi, de l'image ? D'ailleurs encore ? Ces questions suscitent de nombreux allers retours entre images, improvisations, son, montage musical. Approfondir. Pour cela, superposer les couches sonores. Le volume sonore. Le silence. Les échelles visuelles de projection, les juxtapositions et répétitions sur plusieurs écrans. L'emplacement de ces écrans dans l'espace.

Enfin les intervalles. Entre les images, avant, après chacune - d'où l'utilisation de diapositives versus le film ou la vidéo. Entre les sons. Des silences. Des interruptions. De l'espace pour respirer, se mouvoir, déambuler. De l'espace pour voir, pour rendre la faille visible, perceptible. Ma recherche est une recherche de la faille, une promenade aux lisières des images et des sons, une quête des combinaisons possibles et inattendues. Ma musique ou mes associations entre images et sons sont des possibilités. Je trouve quelque chose de juste à un moment donné, alors je le propose.

Juste, c'est personnel, intime. Utiliser mon intime comme un canal. Faire remonter des éléments très intimes, les associer à des éléments de mémoire possibles et partagés. Prêter mon intime au dessin de circuits de correspondances, à un graphe de relations entre éléments visuels et sonores.

In fine c'est l'orchestre des images et des sons, la cacophonie, le silence, les répétitions, la violence et la douceur. C'est la musique. C'est moi, en transparence.

Sylvain Flanagan, Juin 2007